lundi 12 septembre 2016

Petite leçon à propos des devoirs

La question des devoirs et leçons se pose particulièrement bien en ce début d’année scolaire. Dans ma classe, aucun devoir n’est donné et, bien que ça ne soit pas une panacée, le concept n’a rien de nouveau. Certains enseignants, voire écoles, préconisent cette approche en mettant l’accent sur l’étude des leçons, à la maison. C’est là que réside la différence : chez-nous, pas de devoirs et les leçons ne sont pas obligatoires car elles sont travaillées sur le temps de classe.

Oh, mais je vous entends, les voix qui vous élèvez pour vous opposer! Je dirais même que je vous écoute, de cette oreille à la fois attentive-et-occupée-à-préparer-un-argument qui, je l’espère, saura parfois être plus soutenu que le vôtre. Je vous laisse la parole (note : les prénoms utilisés le sont au hasard et ne visent personne en particulier, les commentaires ont été lus ou entendus récemment).

  • Robert : Moi j’ai quatre enfants et j’aime faire des devoirs et des leçons avec eux.
  • Mme Julie C. : Sérieusement Robert… la chose la plus passionnante à faire avec tes enfants ce sont des devoirs? Ne penses-tu pas que de t'aider à réparer le souffleur à neige, dans le garage, serait plus intéressant pour vous tous et qu’ils apprendraient quelque chose en même temps? Et une marche en famille, un jeu de société, du temps pour rire ensemble…? Tu as quatre beaux enfants qui passent déjà de grosses journées en classe pendant que toi tu t'échines au travail. Le soir, vous méritez de passer du bon temps ensemble.

  • Mario : Les devoirs et leçons sont importants pour suivre le cheminement de mon enfant.
  • Mme Julie C. : Je suis d’accord pour dire qu’il est primordial de suivre le cheminement de ton enfant, Mario. Toutefois, les devoirs et leçons ne sont pas la seule façon d’y arriver et, surtout, ne sont pas la meilleure façon. L’enseignant de ton enfant devrait s’assurer que tu aies un bon suivi, en mettant l’accent sur sa progression et sur ses défis. Les devoirs et leçons ne sont pas obligatoires dans ma classe, mais j’envoie parfois des suggestions de travaux à la maison ou de notions à approfondir, en regard des besoins de l’enfant. Les parents apprécient beaucoup. Un jour, Mario, je te montrerai le Google Docs personnalisé pour chaque élève où les parents peuvent voir le niveau d’acquisition des compétences de leur enfant et où la note perd un peu de son importance au profit du cheminement de l’enfant. Et finalement, tu sais quoi Mario? Il arrive qu’un enfant qui a toujours 90-100% dans ses contrôles de semaine ait de bien mauvaises notes en écriture, car, bien qu’il sache ses mots sur les bouts des doigts pour les recracher dans son cahier le vendredi matin, il n’est pas nécessairement capable d’écrire un texte cohérent ni d’y mettre les éléments essentiels. Quand ça arrive, les parents ont du mal à comprendre car "il a de si bonnes notes habituellement". Quelle déception! Ils avaient eux aussi cette impression que le travail fait à la maison était un reflet du cheminement réel de leur jeune.

  • Manon : Les enfants ont besoin de ça sinon ils passent leur temps à jouer.
  • Mme Julie C : Tu es chanceuse Manon, étant donné que j’ai noté ton commentaire, tu peux te relire et peut-être l’effacer. Enfants… Jouer...

  • Denis : Pas de devoirs ni de leçons, encore du temps à perdre sur les écrans!
  • Mme Julie C. : Que de jugement dans ce propos Denis! Non, les enfants d’aujourd’hui ne sont pas sur leur écran 24h/24. Je sais que tu vas me dire que tu ne les vois plus dehors, dans la rue, à jouer et rire. Et sais-tu pourquoi, en réalité? Une bonne partie de leur temps libre est utilisée à faire leurs devoirs et étudier leurs leçons. J’en suis convaincue car désormais, quand je quitte l’école après le travail, je vois mes élèves jouer ensemble au parc, faire du vélo, se lancer un ballon, jaser sur une galerie et quoi d’autre encore? Je pense même pouvoir dire qu’ils travaillent mieux en classe car ils ont eu l’occasion de dépenser leur énergie et de décrocher un peu, d’être des enfants, tout simplement.

  • Benoît : J’en ai fait moi des devoirs et c’est grâce à ça que j’ai fait des études et que j'ai une bonne job.
  • Mme Julie C. : Grâce à ça ou peut-être grâce à tes profs, à tes parents, aux liens de confiance établis avec eux, à tes efforts, à ton potentiel, à ta volonté, tant d’éléments qui font de ta réussite quelque chose dont tu devrais être fier. Tu as du mérite, Benoît, et fort est à parier que le fait d’avoir noirci des feuilles d’exercice en devoirs n’a rien à y voir.

  • Cindy : Il faut les préparer au secondaire, c'est notre rôle.
  • Mme Julie C. : Je dirais même qu’il faut les préparer pour la vie, Cindy, mais j’enseigne en 5ème année, pas au secondaire. L’étude en classe me permet de montrer à mes élèves comment travailler, de voir les méthodes les plus efficaces et de les aider à trouver les stratégies gagnantes pour eux. Surtout, ça me permet d’intervenir rapidement et efficacement, c’est mon travail. Par exemple, lorsque j’ai commencé ces périodes d’étude, j’ai été surprise de constater que certains élèves n’écrivaient pas correctement la terminaison des verbes à l’étude (fin 5ème année)! Ces élèves étudiaient pourtant à la maison depuis quelques années. Avec une période de 20 minutes par jour, un total de 100 minutes par semaine est dédié uniquement à l’étude des leçons. Et je puis t'assurer, Cindy, qu'aucune minute n'est perdue à flatter le chien, aller boire de l'eau, écouter maman qui parle au téléphone ou le petit frère pleurer. Je pense que très peu d’élèves qui étudient les notions à la maison en font autant, je ne suis donc pas inquiète pour eux dans leur vie d’adolescent/élève.

  • Peter : D’avoir un agenda bien chargé, ça développe le sens des responsabilités et l’autonomie.
  • Mme Julie C. : N’aies crainte Peter, les élèves travaillent très fort en classe et développent déjà ces aptitudes de diverses façons. De ton côté, tu peux aussi aider ton enfant en lui confiant des tâches (arroser les plantes, sortir le chien, faire la pelouse, etc.). De plus, s’il est inscrit à des activités extra-scolaires, tu peux en profiter pour lui montrer à gérer son temps. Et pour ce qui est de l’agenda bien chargé (voire surchargé), ne contribue-t-il pas à augmenter l'anxiété et le stress, ces états émotifs que l'on devrait éviter, tant comme adulte que comme enfant?

  • Mme Kathleen : Ouf, j’ai déjà tellement de choses à l’horaire, je ne commencerai certainement pas à les faire étudier en classe!
  • Mme Julie C. : C’est vrai que l’on a des horaires bien chargé et c’est pourquoi quand on fait ce choix, les élèves doivent comprendre que le temps est compté et précieux. En classe, on ne perd pas de temps. Prendre 5 minutes le matin pour se placer tranquillement, se préparer 3 minutes avant la cloche, prendre 3 minutes en revenant de chacune des récréations pour placoter relax… Et voilà, on vient de trouver 17 minutes sur les 20 nécessaires à la période d’étude, madame Kathleen! Non, je ne suis pas une marâtre, mais les élèves s’habituent vite à être assidus et travaillants. Après quelques semaines, il n’est pas rare de les voir commencer à travailler avant le son de la deuxième cloche. Pas de temps à perdre, mais du temps à trouver. Et c'est sans compter toutes les minutes durant la semaine ou on a expliqué, distribué, vérifié, corrigé les devoirs.

  • Cathy : L’école c’est aussi la responsabilité des parents.
  • Mme Julie C. : L’école est effectivement une responsabilité partagée et plus la collaboration est grande avec les parents, plus bénéfique ce sera pour l’enfant. Par contre, m’assurer que mes élèves aient bien compris et leur donner du soutien tout en leur apprenant des stratégies de travail, ça c’est mon travail. Les parents, malgré toute leur bonne volonté, sont parfois dépassés par la matière (c’est que ma mère ne connaissait pas le prédicat!). Ce que je demande aux parents de mes élèves, c’est de contribuer à leur faire aimer la lecture : les enfants doivent lire vingt minutes par soir, cinq soirs par semaine. La lecture, contrairement aux devoirs (au primaire), est un facteur très important de réussite scolaire.

  • Jean-Luc : Ce n’est pas juste pour les autres enfants et les autres familles (qui ont des devoirs et leçons), il faut que ce soit équitable pour tout le monde.
  • Mme Julie C. : En fait, rien n’est vraiment équitable et surtout pas le principe de donner le même devoir à tous en même temps ou de donner des leçons en présumant qu’elles sont apprises à la maison. Les enfants n’ont pas tous le même niveau d’énergie une fois à la maison, ils n’arrivent pas tous à 15h30 chez eux, les parents ne sont pas nécessairement disponibles tous les soirs et, quand ils le sont, il arrive qu’ils ne soient pas en mesure d’aider leur enfant à mieux comprendre (car ils ne connaissent pas bien ce sur quoi l’enfant travaille). Bref, tu l’auras compris Jean-Luc, les enfants ne reçoivent pas tous le même degré de soutien à la maison et ce qui est réellement inéquitable, c’est de relayer tout ça aux parents sans prendre en compte cette réalité. Ce qui est vraiment inéquitable, c’est de donner un contrôle de semaine le vendredi en sachant très bien que les élèves X,Y et Z n’auront pas plus étudié que durant les semaines précédentes. Et de continuer à en donner parce que tout le monde en donne ET QUE j’ai toujours fait comme ça ET QUE c’est juste normal ET QUE moi je pense que… Ça, à mon avis, c’est inéquitable.

Pour des appuis plus solides, si le coeur t’en dit, Lecteur, tu peux aussi consulter ces sources.

jeudi 30 juin 2016

Le salaire du coeur

Message reçu de madame Maman en cette fin d'année :

"Il n'y a pas mille et une façons de dire merci. Parfois, les événements parlent d'eux-mêmes.


Nous avons été très touchés de voir notre garçon vous faire un colleux hier et être aussi ému. Ce type de démonstration n'a jamais été facile pour lui, depuis qu'il est tout petit. On a travaillé fort là-dessus.


Lorsqu'il est parti, il avait les yeux remplis d'eau et était incapable de parler. Une heure après qu'il se soit couché, nous l'avons entendu sangloter dans son oreiller... Il était encore une fois incapable d'exprimer ce qui le touchait autant. Après bien des pleurs, qui nous dépassaient un peu, avouons-le, il a fini par nous dire une seule phrase.


- Je me sentais vraiment aimé par Mme Julie.


On dit qu'il faut tout un village pour élever un enfant, vous en faites partie. Je crois que vous avez fait toute une différence pour lui. Pour sa confiance, pour son assurance, pour le bonheur d'un petit homme qui grandit.


Bon été... et merci pour tout."


C'est moi qui vous remercie, madame Maman!

vendredi 11 mars 2016

Sans devoirs ni leçons

Lundi dernier, 13h34, j’appuyais sur le bouton «Envoyer» avec appréhension. Voilà, une bombe était lancée vers les parents : dorénavant, leur enfant n’aurait ni devoirs ni leçons à faire à la maison. Tic-tac, tic-tac, je voyais le temps passer en attente d’un courriel, d’un appel, d’une plainte, d’un cri. Je l’attendais avec appréhension ce parent qui questionnerait et douterait, mais je l’attendais avec confiance, car je savais que nous avions fait un bon choix.

Les devoirs
Les devoirs, pour avoir de meilleurs résultats, consolider les apprentissages, ça vaut le coup, non? Non, justement, ça ne vaut pas le coût! Les devoirs au primaire n’ont que très peu d’effet sur la réussite scolaire!

À l’école, nous prenons du temps pour choisir le devoir, prendre en note le devoir, expliquer le devoir, vérifier le devoir, donner une conséquence si le devoir n’est pas fait, corriger le devoir. À la maison, du temps est investi pour comprendre le devoir, réexpliquer le devoir, faire le devoir. Ça c’est quand ça va bien, sinon on y ajoute : s’installer pour le devoir, s’obstiner pour le devoir, se chicaner pour le devoir et autres aléas d’un soir de semaine format familial.
Note : je suis consciente du fait que cette partie soit répétitive, mais la routine des devoirs l'est tout autant.

Les leçons
Plusieurs ont compris, depuis quelques années, ce qui est écrit ci-haut et ont décrété qu’ils ne donneraient plus de devoirs aux élèves. Pas de devoirs, seulement des leçons. Grand bien leur fasse. Les enfants, les enseignants et les familles se sentent sûrement délestées d’un poids.

J’insiste ici sur le fait qu’étudier est et restera quelque chose d’important. La mémorisation de certaines notions est essentielle et ces connaissances de base doivent s’ancrer dans la tête des élèves. Aaaaah! S’ils pouvaient tous connaître leurs tables de multiplication sur le bout des doigts!!!

Le pari que l’on fait, c’est que les élèves peuvent faire leurs leçons en classe et que ces minutes leur seront plus profitables. Au retour du diner, 20 minutes intensives sont consacrées à l’étude et à la méthodologie favorisant une bonne rétention des connaissances. Les élèves cheminent et s’entraident, peuvent demander de l’aide immédiatement s’ils en ont besoin et sont même heureux de profiter de ce moment. C’est impressionnant de les voir aussi engagés!

À la maison
J’entends déjà de petites voix dire que le lien entre la famille et l’école sera effrité, que le parent ne pourra plus s’impliquer auprès de son enfant. Et pourtant, j’ai plutôt l’impression que l’on raffermit le lien. En enlevant cette responsabilité des épaules des parents, nous en faisons des alliés. Nous les tenons informés de la matière travaillée durant le mois et ils choisissent ou non de la consolider. Nous leur faisons confiance et ils nous le rendent bien.

Les parents et la famille ont une place privilégiée auprès de l’enfant et c’est pourquoi la chose que l’on demande est de favoriser la lecture sous toutes ses formes à la maison. 20 minutes par jour, c’est leur seule partie du contrat, mais ô combien importante.

Tic-tac, tic-tac, vendredi 20h51, toujours pas eu de courriel, d’appel, de plainte, de cri. Si la bombe explose, ce sera peut-être de joie. M’est d’avis que les parents avaient peut-être cheminé bien avant nous sur cette question.

Sources :


http://ici.radio-canada.ca/regions/estrie/2016/01/22/004-abolition-devoirs-ecole-primaire-la-passerelle-asbestos-impacts-reussite-scolaire.shtml

http://plus.lapresse.ca/screens/2bef322c-e4e7-42f7-b6c3-b58ee8de7507%7C_0.html

http://laclassedemadamevalerie.blogspot.ca/2016/03/lire-20-minutes-par-jour.html

https://www.washingtonpost.com/news/parenting/wp/2016/02/24/the-question-of-homework-should-our-kids-have-it-at-all/


jeudi 4 février 2016

Clair2016

Par un beau jeudi ensoleillé de cette fin janvier 2016, où même Dame Nature se sentait un peu fo-folle, nous sommes partis vers Clair-NB. Clair? Oui oui, le même magnifique petit (Géant!) village dont je vous parlais l’an passé dans un autre billet.

C’est donc avec trois collègues que j’ai fait la route en voiture et que ça a commencé : les discussions sur la pédagogie, sur nos vies, sur celles de nos élèves, sur celles des autres (!), les niaiseries, les fous rires… Le début de trois journées de partage et de folie, où l’on pourrait enfin être nous-mêmes dans toute notre splendeur. Vous pensez qu’on est crinqués et qu’on dérange d’habitude, vous n’avez encore rien vu!

#Clair2016 a été pour moi un contact émouvant, profond, significatif, voire salutaire avec les gens de ma race. C’est qu’on sait qu’ils existent, les autres, on les croise au quotidien sur les réseaux sociaux, mais de les côtoyer dans la vraie vie, c’est juste Wow! J’ai déjà la chance de partager ma vision avec deux collègues plus que fantastiques et là je les multipliais par 100! Ça explique bien pourquoi j’ai si peu dormi… Comment aller au lit avec une coupe de vin dans une main et tout un avenir à construire dans l’autre?

Outre les élèves, l’énergie, l’accueil et ô combien d’éloges pouvant être faits à cet événement, le côté humain a été pour moi le plus important, cette année. Ça m’a fait un bien fou de tirer un peu d’énergie des autres et probablement de leur insuffler aussi la mienne. J’ai renoué avec des personnes que je vois trop peu souvent, j’ai passé du temps avec des amis et j’ai connu tant de gens inspirants que c’en était hallucinant. Je pourrais tous vous nommer, mais je sais que vous me lisez avec un petit sourire en coin et c’est l’essentiel.

Je suis revenue de Clair avec l’envie de bouger, de sourire, d’écouter mes élèves chanter et de les laisser rêver. Je suis revenue de Clair avec des idéaux plein la tête et des idées qui prennent forme. Je suis revenue de Clair avec trois amies en voiture, sous un beau soleil de février : les discussions sur la pédagogie, sur nos vies, sur celles de nos élèves, sur celles des autres (!), les niaiseries, les fous rires…. Je suis revenue de Clair sans vraiment en revenir, avec encore une fois l’envie d’y retourner.